Survie des médias: Les professionnels prônent un changement de paradigme économique

La question de l’économie des médias en Afrique était au cœur des débats lors de la troisième journée du Forum Panafricain des Médias (FOPAME 2026). À cette occasion, Sidy Dagnoko, président du Groupement Professionnel des Entreprises du Secteur de la Publicité du Mali (GPAC), et Sambou Biyagui, Directeur Général de la Maison de la Presse du Sénégal ont tiré la sonnette d’alarme sur la viabilité financière des médias sur le continent, appelant à une restructuration profonde du secteur.

Pour le président du GPAC, le triptyque classique reposant sur la vente au numéro, les subventions de l’État et la publicité locale est arrivé au bout de son souffle face aux profondes mutations du secteur. Il identifie trois défis majeurs.
Le premier défi est d’ordre technologique. La révolution numérique et l’essor de l’intelligence artificielle bouleversent les modes de production, de diffusion et de consommation de l’information. Cette transformation fragilise les médias traditionnels, confrontés à une concurrence accrue des plateformes numériques. À cette fragilité technologique s’ajoute une fragilité institutionnelle. Sidy Dagnoko estime que le rôle de la presse comme « quatrième pouvoir », longtemps reconnu comme un service d’intérêt public essentiel à la démocratie et à la bonne gouvernance, bénéficie aujourd’hui d’une attention moins importante dans les débats publics et les décisions politiques.

Le troisième défi concerne le modèle commercial. Une part croissante des investissements publicitaires est désormais captée par les plateformes numériques internationales, notamment les géants du numérique, au détriment des médias classiques. Par ailleurs, les annonceurs orientent de plus en plus leurs budgets vers les actions de terrain et le marketing opérationnel, réduisant davantage les ressources destinées aux médias.

Face à ces défis, Sidy Dagnoko appelle les acteurs à évoluer vers de véritables entreprises de presse. Selon lui, l’avenir du secteur repose sur des structures professionnelles dotées d’une gouvernance claire, d’un modèle économique viable, de plans d’affaires solides et capables d’attirer des investisseurs privés. Il recommande également une réforme du cadre légal afin de mieux organiser le secteur et de favoriser l’émergence d’acteurs plus structurés. Pour lui, le marché malien ne peut durablement supporter un nombre élevé de médias au regard des ressources disponibles. Il préconise ainsi davantage de mutualisation, de regroupements et de rationalisation des acteurs.
Enfin, Sidy Dagnoko plaide pour le développement de synergies entre médias, publicitaires, investisseurs et pouvoirs publics. Pour le responsable patronal, l’avenir des médias maliens passe inévitablement par l’innovation, la mutualisation des ressources et l’adaptation à un environnement économique et technologique en pleine mutation.

Dans la même dynamique, Sambou Biyagui, directeur général de la Maison de la presse du Sénégal, a souligné l’urgence pour les entreprises de presse du continent de repenser leurs modèles économiques afin de garantir leur viabilité financière et leur indépendance éditoriale.Selon lui, l’économie des médias en Afrique traverse une crise structurelle marquée par une forte dépendance à l’aide internationale, aux financements extérieurs et aux grandes plateformes numériques mondiales. Pour sortir de cette situation, les médias africains sont appelés à adopter des modèles économiques hybrides fondés sur la diversification des revenus.
Parmi les pistes évoquées figurent le développement des abonnements numériques, les systèmes de micro-paiement, l’organisation d’événements, ainsi que la production de podcasts et de documentaires
Il a également attiré l’attention sur la sous-capitalisation chronique qui fragilise de nombreuses entreprises médiatiques africaines. Face à cette réalité, il a plaidé pour la mise en place de mécanismes innovants de financement, notamment à travers des partenariats et des fonds d’investissement spécialisés à l’image d’« Africa Media Invest », destiné à soutenir les médias du continent.

Joseph Amara DEMBELE