Vingt neuvième session de l’EID : Le foncier domine les débats avec 7 dossiers sur un total de 24 pour lecture

L’Espace d’Interpellation Démocratique (EID) de Bamako est, une fois de plus, submergé par une vague de litiges fonciers qui témoignent d’une crise structurelle au Mali. Cette 29e session ne se résume pas aux querelles de parcelles. Des ouvriers, des veuves et des retraités y expriment leur colère et leur désespoir, exigeant des ministères une prompte action pour les rétablir dans des droits trop longtemps bafoués

Il est environ 9 heures, en cette journée du 10 décembre. Le soleil frappe doucement les murs du Centre International de Conférences de Bamako (CICB). La devanture est en pleine effervescence. C’est un véritable débordement. Des centaines de motos, en rang serré, sont garées au parking. Dans l’enceinte de la cour, les véhicules officiels encombrent chaque recoin tel un gigantesque parc automobile en attente d’une vente aux enchères.

Sur place, la salle Djéli Baba Sissoko attire les visiteurs. À l’intérieur, elle est le théâtre vibrant de la 29e session de l’EID. L’atmosphère, électrique, est ponctuée par le crépitement sec des appareils photo « clics et clacs » et de régulières ovations.

 « Trop de promesses vaines, plusieurs procédures sans fin, certains sont malades, d’autres sont même morts, laissant derrière eux veuves et orphelins. Nous réclamons nos droits à toutes les sessions de l’EID, mais sans résultat satisfaisant », se plaint Mahamadou Samaké, le porte-parole de l’Association des partants volontaires à la retraite (APVR) relevant du service de Poste, un quadragénaire à la voix colérique.

Ces paroles installent soudainement une atmosphère de pitié et de murmures de la part des participants qui secouent la tête.

 Certaines interpellations deviennent inexplicables, car elles surpassent l’imagination. Un carreleur, Seydou Coulibaly, âgé d’une trentaine d’années, le regard étonné, se lamente sur son sort. Cet interpellateur révèle que le Maire du Cercle de Kolokani lui a vendu une parcelle d’un lot unique pour une valeur de 80 000 FCFA. Il ajoute que cet espace ne relevait finalement pas du département de l’officier d’État civil. Cette interpellation, bien que poignante, incite quelques participants à rire et d’autres à chuchoter.

Retrait d’interpellation

16 dossiers ont eu une suite favorable, conduisant publiquement les interpellateurs à une annonce de retrait de leur interpellation. L’un d’eux, Sékou Sissoko, un septuagénaire, béquille à l’appui, très soulagé, exprime ses profonds remerciements au Médiateur de la République. Il dit avoir eu satisfaction au sujet de son dossier de paiement de pension.

Ces dénouements heureux réjouissent l’Etat, fortement représenté au CICB. Ont répondu présents, les Ministres en charge  de la justice représentant le Premier Ministre, de l’Education nationale, de la Jeunesse, de la culture, de la Communication et de l’urbanisme.

Tel un tribunal, à  l’EID, le procès est gagné par certains et pour d’autres, c’est l’échec. Parmi ceux qui n’ont pas eu gain de cause, il y’a des veuves. Marchant à peine, aidée par son unique fils, souffreteuse, ne comprenant ni Bamanakan ni Français, Kadiatou Sangaré prend la parole. Ne parlant que peulh, la sexagénaire s’exprime à travers son fils Issa Sangaré, âgé de 17 ans. Celui-ci déclare : « Mon papa est décédé il y a quelques années de cela, laissant une parcelle de quatre lots, que nous ne parvenons pas à hériter. Nous avons procédé à plusieurs bras de fer avec la mairie de Bla, mais sans suite. »

Suite à ce témoignage, certains participants bruissent, d’autres sont dépassés par la situation et consternés, bien qu’il fasse 16°C dans la salle.

Cette année on note 102 dossiers de moins qu’en 2024 et le sujet dominant demeure foncier. 452 dossiers sont réceptionnés, dont 24 retenus  pour lecture publique,  340 pour suite à donner, 12 non retenus  et 72 dossiers rejetés pour non-conformité. Encore une fois, le dossier de Fatoumata Diarra, une quinquagénaire, tend le débat. Elle révèle qu’elle dispose d’une surface de 29 hectares dans le cercle de San. La plaignante ajoute que tout l’espace a été construit : un centre de formation professionnelle, une auto-gare et des maisons. « Pourtant, de cette terre, dépend notre vie », s’attriste-t-elle d’une voix stupéfaite.

Le Président du jury d’honneur, Kagnoumé Jean Bosco Konaré, a pris la parole pour rassurer et redonner courage aux personnes concernées. Après avoir étudié les dossiers, il a demandé aux Ministres impliqués de faire le nécessaire pour : « Officialiser la situation administrative de toutes ces personnes ».  Leur verser rapidement ce qui leur est dû.

Jusqu’à quand veuves et orphelins devront-ils implorer leur droit ? Que la loi du plus fort s’efface devant la dignité des plus faibles !

Bagna Maïga