
Chaque année, en cette période de première récolte précoce, les rues de la capitale malienne sont généralement envahies par des vendeuses de maïs braisé. Cependant, le constat est tout autre cette année. Vendeuses, producteurs et population expliquent.
Nous sommes en Commune III de Bamako, non loin du Grand Marché. À Darsalam, le soleil de 17 heures enveloppe le décor d’une lumière dorée et adoucie. Dans quelques rues du quartier, sous des parasols décolorés, des vendeuses de maïs braisé s’activent. Sur les grilles, elles tournent régulièrement les épis pour obtenir une grillade uniforme, dorée à souhait et parsemée de petits points noirs craquants. L’air est saturé par l’odeur irrésistible du maïs grillé. Les épis prêts à être servis arborent une teinte ambrée qui étincelle sous les derniers rayons du jour. Les négociations vont bon train, ponctuées de plaisanteries et de rires.
Aminata Diakité est vendeuse de maïs braisé à Darsalam. Munie d’un éventail, elle veille soigneusement sur ses épis posés sur le fourneau. Elle explique que l’insécurité est le premier facteur responsable de cette rareté. Elle rappelle que la plupart des grossistes de Bamako s’approvisionnent dans la région de Sikasso et ses environs. « Avec les menaces actuelles sur ces axes routiers, plusieurs vendeurs ont renoncé à cette activité pour éviter les pertes. »
Madjè Coulibaly, vendeuse de maïs cru, souligne de son côté que la rareté des pluies a retardé la croissance des cultures cette année. « C’est la raison pour laquelle les quantités sont encore limitées sur les points de vente », ajoute-t-elle.
Selon Mariam Guindo, également vendeuse, cette pénurie s’explique par la flambée des prix. L’année dernière, on obtenait 6 épis de maïs pour 500 FCFA, contre seulement 4 épis pour la même somme cette année. Ce renchérissement en contraint plus d’une à abandonner le métier, explique-t-elle. « Qu’il pleuve ou qu’il neige, nous sommes quelques-unes à toujours tenter de tenir le coup », déclare-t-elle toutefois.
Sous le couvert de l’anonymat, une dame âgée apporte un autre éclairage. Selon son témoignage, le maïs disponible actuellement provient majoritairement des cultures maraîchères. Elle précise que la plupart des exploitants utilisent des groupes électrogènes pour irriguer leurs champs. « La crise énergétique a contraint beaucoup d’entre eux à réduire leurs volumes de production, ce qui explique la rareté du produit sur le marché.” La vieille dame s’exprime également sur les variétés les plus prisées par les consommateurs. Le maïs provenant de la zone du Wassoulou coûte moins cher, « mais son goût laisse à désirer », contrairement à celui cultivé autour de Bamako, très recherché pour sa saveur.
Au marché de Sougonikoura, les grossistes pointent du doigt l’explosion des frais de transport. Installée à côté de son imposant tas de maïs cru, Korotoumou Mallé indique que le prix du maïs reste stable chez les producteurs, « mais les transporteurs ont augmenté leurs tarifs, malgré l’approvisionnement régulier en carburant ». Elle affirme qu’elle payait autrefois 200 000 FCFA pour acheminer un camion de maïs, contre 300 000 FCFA cette année. Une hausse qui pousse de nombreux commerçants à jeter l’éponge. En observant son stock, on constate que la majorité des épis commencent déjà à sécher alors que la moitié n’a pas encore été vendue. Ayant investi 750 000 FCFA dans cette marchandise, elle estime sa perte potentielle à 400 000 FCFA si tout n’est pas écoulé d’ici mercredi. C’est précisément pour éviter de tels gouffres financiers que beaucoup s’en détournent.
Quant à Assitan Coulibaly, également grossiste, elle met en cause le réaménagement de certains axes routiers, qui rend difficile, voire impossible, le transport du maïs depuis certaines zones de production.
Surnommé affectueusement Coulibaly, ce propriétaire de 3 hectares de maïs affirme que la saison des pluies n’a pas été favorable en raison du manque de précipitations. « Et je ne suis pas le seul dans cette situation », ajoute le cultivateur, pointant du doigt la cause principale de cette rareté sur le marché.
Actuellement, il faut souvent parcourir de longues distances pour trouver du maïs braisé, regrette le jeune client Aboubacar Sagara. « Mais quelle que soit la distance, je fais l’effort d’en trouver », nuance-t-il. Malgré la hausse des prix, Tiémoko Coulibaly continue lui aussi d’en acheter pour faire plaisir à sa famille.
Malgré les obstacles logistiques et l’inflation, l’attachement des Bamakois à ce plaisir saisonnier demeure intact. Entre les braises des rares fourneaux encore allumés, c’est toute la résilience d’une population qui continue de se lire, un épi doré à la main.
Fatoumata koné