
En ce début septembre, le marché de Bozola croule sous une marée vert et or. Entre embouteillages monstres et étals surchargés, la surabondance d’oranges locales dicte son rythme au négoce.
Connu sous le nom de Namassa Dankan, ce lieu baigne sous le soleil de 11 heures, qui déverse une lumière encore douce mais déjà dorée sur la chaussée. Les étals alignés scintillent au bord de la route. C’est un tableau vibrant aux couleurs éclatantes. Les fruits y sont disposés en pyramides pour mieux captiver le regard des passants.
Sur cette voie bien trop étroite, chacun tente de forcer le passage au même instant. Les gros camions de livraison se retrouvent bloqués par des tricycles chargés à raz bord de caisses de fruits. Au milieu de ce goulot d’étranglement, les motocyclistes faufilent leurs engins dans les moindres interstices, frôlant les rétroviseurs des automobiles. L’embouteillage est monstrueux. C’est un concert ininterrompu de klaxons aux sonorités variées. On négocie à voix haute, plaisante de fenêtre à fenêtre et s’interpelle dans le vacarme des moteurs.
Le premier constat qui frappe, c’est la nette domination des oranges sur le marché. Le vert foncé des écorces forme une véritable vague colorée dans l’espace. Selon Oumou Diarra, nom d’emprunt, chaque fruit connaît sa période d’abondance en fonction du climat. « Les mois d’août et de septembre sont naturellement connus comme la saison des oranges à Bamako », affirme-t-elle. Forte de ses années d’expérience dans cette activité, elle ajoute que cette surabondance n’a rien de surprenant.
Lassina Coulibaly, quant à lui, confirme qu’il vend les fruits en fonction de leur disponibilité : « Comme vous pouvez le constater à travers le marché, ce sont les oranges qui sont les plus accessibles en ce moment par rapport aux autres fruits. »
Veillant soigneusement sur un imposant tas d’oranges, Ousmane Traoré révèle s’être orienté vers ce fruit par manque d’alternatives. « C’est la pénurie de pommes qui m’a poussé à me lancer dans la vente d’oranges. » Il confie que cela fait plus de deux semaines qu’il ne trouve plus de pommes, qui constituent pourtant sa marchandise habituelle. Refusant de rester les bras croisés à attendre les fournisseurs, il a tranché. « Je me suis donc contenté de ce qui était accessible à tous pour le moment. »
Cependant, Oumar Sangaré aborde un aspect très intéressant. Le fait que tout le monde se lance dans la même activité, au même moment et au même endroit, rend la concurrence particulièrement rude. « C’est ce qui réduit un peu nos bénéfices », explique-t-il.
Quant à Bayini Diarra, il détaille les variétés d’oranges produites au Mali qui sont très prisées par les consommateurs. « La Pineapple est une variété particulièrement appréciée pour ses qualités gustatives exceptionnelles. Son prix varie entre 500 et 600 F CFA le kilo », indique le jeune marchand. Le Tangelo, également très sollicité, se vend à 750 F CFA le kilo. Tandis que les mandarines, recherchées pour leur équilibre parfait entre acidité et sucre, s’écoulent à 600 F CFA le kilo. Il précise que toutes ces variétés sont cultivées localement au Mali.
En matière de rentabilité, Aramatou Sissoko, vendeuse de fruits à Garambougouni, explique que cette abondance constitue un atout pour son approvisionnement. « Quand les quantités sont trop limitées, je préfère ne pas en acheter pour éviter les pertes », confie-t-elle.
Mariam Diarra vend spécifiquement des oranges tout au long de l’année. Elle affirme que cette période de forte production influence positivement son quotidien. « Plus le produit est abondant, plus le prix devient abordable, et ainsi tout le monde peut se permettre d’en acheter. »
Fatoumata Koné