Dans la capitale malienne, de nombreux élèves s’investissent dans de petits métiers et commerces pendant les vacances afin d’aider leurs parents à financer les dépenses de la rentrée scolaire. Zoom sur le quotidien de ces enfants et sur l’impact de ces activités éphémères selon leurs parents et encadreurs.

Ce mercredi 2 septembre, le ciel est légèrement couvert au Grand Marché de Bamako. C’est le moment exact où la chaleur commence à peser lourdement. Mais aussi où l’activité atteint son pic de frénésie. Connu sous le nom de « Rail da », ce haut lieu d’échange de biens et de services déborde d’activités comme une ruche. Dans la foule compacte, les vendeurs à la sauvette se faufilent entre les passants, leurs marchandises en équilibre sur la tête ou à bout de bras. Parmi eux, des élèves.

Abibatou Touré est en classe de 6ᵉ année. Elle porte un seau d’eau sur la tête. Elle explique que sa patronne lui donne 1 000 FCFA chaque jour après la vente : « Je le fais pour aider ma mère à couvrir les petites dépenses. »

Assise à côté de sa maman qui vend des médicaments traditionnels, Mima Djiré affirme qu’en l’aidant, elle apprend beaucoup sur le nom des remèdes et leurs modes d’utilisation.

Youssouf Boiré vient tout juste de se lancer dans le commerce auprès d’un oncle qui vend des téléphones à Darsalam. Cet élève de 11ᵉ année prend goût à l’activité : « Apprendre aux côtés de mon oncle m’inspire pour l’avenir, si jamais je souhaite ouvrir ma propre boutique. »

De son côté, Issiaka Traoré se faufile parmi les passants en proposant des bijoux, des perles, des bagues et d’autres articles pour femmes. « C’est mon papa qui m’a donné 20 000 FCFA pour que je puisse démarrer ce commerce, et je lui ai promis de multiplier cette somme avant la rentrée », affirme fièrement le jeune garçon, également élève en 6ᵉ année.

« La cuisine étant une compétence essentielle chez une femme, l’aide que j’apporte à ma tante est aussi bénéfique pour moi-même », déclare Sokona Camara, élève en 10ᵉ année. Originaire de Bancoumana, cette vacancière aide sa tante à vendre du « fari », un mets fait à base de pâte de haricot. Elle ajoute que l’expérience acquise durant ces vacances pourrait lui être utile si elle décide plus tard de se lancer dans la restauration.

Bénéficiant d’une rémunération de 15 000 FCFA par mois, Ousmane Traoré, élève en 7ᵉ année, travaille dans un lavage auto à Darsalam. Il affirme que cet argent lui permet de couvrir la moitié de ses fournitures pour la rentrée.

Quant à Oumar Doumbia, son père est propriétaire d’une grande boutique. « Il me donne des lots à vendre ainsi que 300 FCFA pour ma nourriture. » Selon cet élève de 9ᵉ année, tous les bénéfices de la journée sont déposés dans une caisse : « C’est ce qui me sert d’argent de poche pendant l’année scolaire. »

« Je fais de la menuiserie pendant les vacances pour m’assurer d’apprendre un métier en dehors de l’école », confie pour sa part Amadou Salif Traoré, apprenti menuisier.

Pour Issa Coulibaly, parent d’élève, occuper les enfants durant les vacances permet de leur apprendre à surmonter les épreuves de la vie sans compter sur leurs parents. Il ajoute que l’expérience du terrain forge l’enfant à devenir meilleur.

Accompagné d’un garçon de 9 ans, un mécanicien ayant requis l’anonymat confirme : « Même si c’est juste pour aller chercher des pièces, c’est déjà une très bonne chose. » Selon lui, les enfants qui exercent de petites activités estivales font de découvertes enrichissantes. Ils s’adaptent plus rapidement aux réalités de la vie sociale, contrairement à ceux qui restent inactifs toute la journée.

Ousmane Diarra, mécanicien et encadreur de cinq petits garçons, atteste quant à lui que le savoir-faire n’est jamais perdu : « Si les études n’aboutissent pas, l’enfant aura la chance d’exercer le métier qu’il a appris dès son plus jeune âge. »

Amadou Sangaré, chef de famille, indique qu’il inscrit ses enfants dans des ateliers pour éviter qu’ils ne flânent : « Les mauvaises fréquentations peuvent mener au vol. »

Pour Mohamed Traoré, chef menuisier, enseigner un métier à un enfant, c’est lui garantir un « plan B » : « Après les études, trouver un emploi n’est pas garanti. Si l’enfant sait déjà se débrouiller, cela peut le dépanner le temps de trouver du travail. »

Cependant, Korotoumou Sangaré préfère enseigner à sa fille la cuisine et les valeurs sociales à la maison plutôt que de l’envoyer faire du commerce : « Les mauvaises fréquentations de la rue pourraient la détourner du droit chemin », confie-t-elle

 À la rentrée  scolaire, ces jeunes réintégreront les bancs de l’école non seulement avec leurs fournitures payées, mais aussi avec une maturité renforcée par les réalités du terrain.

Fatoumata koné

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