
A Bakaribougou, l’absence criante de caniveaux et la stagnation continue des eaux provoquent une insalubrité chronique. Qui favorise une augmentation des cas de paludisme. Plus de la moitié des consultations médicales concernent le paludisme. Les enfants de moins de 5 ans sont les plus exposés.
À quelques mètres d’une mare d’eau verdâtre, Moussa, mécanicien de 60 ans, s’est glissé sous le châssis d’une voiture en panne. Ses mains sont noires de cambouis, ses pieds baignent dans la boue et son front perle de sueur.
Soudain, après quelques minutes de répit, il s’arrête, pris d’un frisson violent malgré la chaleur torride. « Même là où je suis, je sens les symptômes du paludisme », souffle-t-il, la voix tremblante, avant de reprendre son outil.
Un peu plus loin, Maïmouna, vendeuse de condiments installée à même le sol, dresse son diagnostic : « Je ne pense pas qu’il y ait un quartier à Bamako avec plus de moustiques que Bakaribougou. Même hors de la saison des pluies, l’eau ne coule pas. Elle reste là, et ils se reproduisent. »
Ce calvaire quotidien se vérifie sur le terrain médical. Au Centre de santé communautaire (CSCom) du secteur, le bilan est sans appel : plus de 60 % des consultations annuelles concernent le paludisme et des affections cutanées, ciblant en priorité les enfants de moins de cinq ans. Cette détresse locale fait écho aux chiffres de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), selon lesquels le paludisme représente plus de 30 % des motifs de consultation dans les centres de santé du pays.
Face à ce fléau, le vide infrastructurel est manifeste. Ibrahima, boutiquier installé depuis dix ans, pointe l’abandon des voies : « Dès que le soleil tombe, on n’est plus à l’aise. Il n’y a même pas un caniveau dans cette rue pour évacuer l’eau. » affirme-t-il
En l’absence de solutions de la part des pouvoirs publics, les habitants s’organisent. Ainsi des groupes de jeunes lancent des journées de salubrité pour retirer les plastiques qui bloquent l’écoulement naturel. Mais sans équipements lourds, ces initiatives restent une goutte d’eau dans un océan.
L’hivernage avec son abondante pluie, nous rappelle toujours le célèbre adage selon lequel “l’eau, c’est la vie”. Mais à Bakaribougou, tant que l’eau cessera de couler pour commencer à stagner, c’est la vie qu’elle mettra en péril.
Bagna MAÏGA